Aladin Borioli

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Travail présenté
Things don’t happen in human vision, 2020

Emplacement 12

Things don’t happen in human vision fait partie intégrante d’une recherche (Apian) qui explore les relations millénaires que tissent les abeilles avec les humains et vice versa. En continuelle évolution, mêlant une approche anthropologique et une pratique de l’art et de l’apiculture Apian se propose d’étudier les zones de contact (cf. Donna Haraway) entre ces deux espèces. À travers cette recherche, j’examine la façon dont les relations entre les abeilles et les humains se sont construites conjointement à travers des rencontres tant écologiques, sociales, historiques, philosophiques ou qu’esthétiques.

Cette pièce mélange des images d’archives et du texte afin de questionner les limites du monde sensoriel humain et son hégémonie du voir, en le confrontant à celui des abeilles. Deleuze et Guattari proposent l’acte de penser les êtres par leurs milieux ; non pas que le milieu définisse les êtres, mais qu’on ne peut les pensées sans eux.1 D’après Uexküll, chaque espèce habite son propre monde sensoriel qu’il nomme Umwelt et qui est limité par ses sens. L’Umwelt est défini non seulement par les organes sensoriels, mais aussi par les décisions d’attribuer du sens aux différents sujets et objets le peuplant. Les récentes catastrophes, à l’image de la pandémie actuelle ou des dépressions écologiques, nous montrent, une fois de plus, les limites de nos Umwelten. La pièce interroge nos manières de ressentir le monde – limité par nos organes sensoriels – et l’importance de créer du sens dans un environnement commun. La théorie d’Uexküll démontre que les Umwelten changent radicalement suivant les choix d’attribution du sens par les acteurs du milieu. Aujourd’hui, il est urgent, même vital, de changer en commun, et de manière située, notre manière de faire sens du monde tant d’un point de vue sensoriel que sémantique. L’humain est aveugle aux catastrophes, mais les non-humains aussi. S’il nous reste une chance, même maigre, de les anticiper, elle se trouvera sans doute dans une collaboration située et interspécifique.

© 2020, Aladin Borioli

 

Capsule de présentation
Biographie

Après une formation de designer de l’information à l’école d’arts appliqués de La Chaux-de-Fonds (2009) et un bachelor en photographie à l’école cantonale d’art de Lausanne (2014), j’ai continué ma propre pratique de l’art et développé le projet de recherche DIY « Apian » qui explore les liens millénaires entre les abeilles et les humains. Cette recherche m’a rapprochée des humanités d’où la décision d’entreprendre un master en anthropologie visuelle à la Freie Universität de Berlin (2018). Depuis lors, j’ai continué de développé ce projet de recherche à la frontière entre anthropologie et art qui investit tant le monde de l’art comme récemment à travers une résidence d’artiste à La Becque, Tour-de-Peilz (2019) ou celui de la recherche comme lors de l’ASA conférence à l’université d’Oxford (Angleterre) en 2018. En parallèle, je continue de nourrir ma recherche à travers un certificat en philosophie au NewCentre for research and Practice.